vendredi 29 mai 2009

la forêt de Sayama


copyright: Hayao Miyazaki

Connaissez-vous la forêt de Sayama?
C'est une forêt de 3500 hectares à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Tokyo.
Vous la connaissez indirectement si vous aimez les films d'animation de Hayo Miyazaki. C'est elle qui inspire le bien connu cinéaste et dessinateur japonais, créateur de Pompoko, de Princesse Mononoke et de Mon voisin Totoro (et de nombre d'autres films des studios Ghibli). La proximité de la mégapole japonaise menace la forêt de Sayama. C'est exactement le scénario du film Pompoko. Et comme dans le film, une communauté de Tanukis a décidé de se battre pour préserver cet environnement merveilleux et hautement symbolique. Ces Tanukis ont fondé le National Trust of Totoro no Furusto en avril 1990. Parmi les membres fondateurs de ce collectif se trouve le père de Totoro, Hayao Miyazaki. L'association cherche à racheter des parcelles de la forêt pour les mettre à l'abri des promoteurs immobiliers. Elle a aussi pour vocation d'encadrer des activités de préservation du site (Sayama Hills), des activités de communication pour éduquer et informer les populations et également des activités de recherche sur la faune et la flore sauvage de la forêt.
Depuis 2008, des artistes (dessinateurs d'animation, dessinateurs de BD, illustrateurs, peintres…) ont décidé d'aider le National Trust of totoro no Furusto. Ils ont créé le Totoro Forest Project pour récolter des fonds (dons, vente de certaines oeuvres des artistes engagés et vente d'un livre, Art of Totoro Forest Project Charity Auction.)

Un exemple à suivre… Ah! S'il y avait un Totoro pour les forêts d'Amérique latine et d'Afrique!


jeudi 28 mai 2009

Pesticides ou choléra


Rien de nouveau. On pourrait débattre sur le bien fondé de l'expression "mauvaises herbes" de cette affiche de France Nature Environnement mais ce serait aller trop loin, beaucoup trop loin à l'heure où un collectif nommé "Sauvons les fruits et les légumes de France" réclame un allègement des contraintes phyto-sanitaires et lance une pétition intitulée "Arrêtons l'hypocrisie". Qu'est-ce que ça traduit sinon l'asservissement des producteurs à une économie de marché, le constat que les sols sont devenus stériles et que les savoir-faire se sont perdus? Le collectif s'exprime aussi au passage sur le film de Jean-Paul Jaud, Nos enfants nous accuseront. Ceux et celles qui ont vu le film seront sans doute vivement intéressés par les dossiers sur les pesticides publiés sur le site du MDRGF (Mouvement pour le Droit des Générations Futures), une Association Loi 1901 (libre de subventions publiques). Les pesticides (traduire produits phyto-sanitaires si vous êtes un adepte égaré de la FNSEA) sont responsables d'un certain nombre de problèmes de santé (cancer, malformations congénitales, infertilité, problèmes neurologiques, troubles du système immunitaire... C'est avéré, même si certains pratiquants sont entrainés dans une logique économico-dépendante qui leur interdit de voir la réalité en face: c'est le profit contre la santé publique.
L'INRA publie sur son site un rapport d'expertise scientifique (2005) intitulé Pesticides, agriculture et environnement suite à une demande des ministères français de l'Agriculture et de la Pêche et celui de l'Écologie et du Développement durable. En haut lieu, soyez en sûr(e)s (et rassuré(e)s?), tout le monde est bel et bien au courant des problèmes posés par la surconsommation française de pesticides (la France est le "troisième consommateur mondial de produits phytosanitaires" derrière les Etats-Unis et le Japon). Forcément, le pouvoir politique est taraudé par un certain nombre de "Couacs" dans un rouage économique jusqu'ici bien huilé: les réglementations européennes (par exemple la Directive 91/414/CE relative à la procédure d'autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques) qu'il faut bien respecter et l'opinion publique qui commence à s'agiter (les consommateurs commencent à en avoir assez d'être intoxiqués sciemment). Et nous ne parlons pas des agriculteurs eux-mêmes qui sont bien entendu victimes de leurs arrosages eux aussi.
Gageons qu'un Grenelle tout spécialement consacré aux pesticides va bientôt apparaître à la une des journaux...

Si vous voulez en savoir plus à propos des scandaleux pesticides, vous trouverez des infos intéressantes auprès de Fabrice Nicolino, co-auteur avec François Veillerette du MDRGF de Pesticides. Révélations sur un scandale français.
Pendant que vous y êtes, vous trouverez aussi sur le site du MDRGF des documents précieux sur les OGM et l'ionisation des aliments (comprendre irradiation), autres plaies ouvertes de l'industrie agricole.
Et pour finir, vous pouvez soutenir le MDRGF qui a besoin de nous. L'association vient d'être assignée en justice par les producteurs de raisins soutenus par la FNSEA et risquent 500 000 euros d'amende pour avoir fait analyser des raisins de table et averti les consommateurs sur les risques sanitaires liés à la consommation de ces produits. 500 000 euros c'est la peine de mort pour une association de cette taille.
Pour rappel: "Le 24 novembre 2008, le MDRGF , association sans but lucratif dont l’objet est la défense de l’environnement, agréée par le Ministère de l’Ecologie, publie les résultats d’une grande enquête sur les résidus de pesticides dans le raisin menée par 5 ONG de PAN Europe (dont le MDRGF pour la France) de 5 pays européens ( Italie, France, Pays-Bas, Hongrie et Allemagne) dans des magasins appartenant à 16 enseignes différentes. 124 échantillons de raisins issus de l’agriculture intensive ont été analysés au regard de la présence de résidus de pesticides par un laboratoire spécialisé allemand. Résultats : 99,2% des raisins analysés dans ces 5 pays contenaient des résidus de pesticides! Soit 123 des 124 échantillons testés. Seul un échantillon ne présentait pas de trace de pesticides . En France chaque échantillon contenait en moyenne 8 pesticides différents, un échantillon en contenant même 16 !"

mercredi 27 mai 2009

Ampoules basse consommation, suite

Voilà de quoi illustrer les informations déjà publiées par louve argentée ici et :


Vidéo et informations complémentaires sur le site santépublique-éditions.

vendredi 15 mai 2009

Que vive la parole libre!

Un peu de slam pour la route, à déguster pendant la longue pause...

D'abord, Parole du bout du monde, duo de Grand Corps Malade et Rouda. Un texte magnifique.



Les paroles:

Qui a dit un jour que les paroles s'envolent et que les écrits restent
Et qui dira que cette histoire ne fut qu'une parabole de deux poètes à la plume trop leste
Des montagnes de l'Est elle traverse les rivières du grand Ouest
Puis serpente et s'entête jusqu'à se fondre dans l'asphalte

C'est l'histoire d'un récit qui traverse le monde comme tu tournes les pages de ton atlas
On m'a dit qu'il était conté par un mec très vieux, j'parle pas du Père Fouras
Mais d'un ancien respecté à la voix aussi profonde que les rides de son visage
J'te parle de son récit qui pendant des décennies a traversé plus d'un paysage

C'est l'histoire d'un tour du monde d'une course autour de la planisphère
Un moment hors de l'espace-temps où les secondes se comptent en millénaires
Ce n'est pas un conte mais un poème mi-phénomène paranormal
Mi-parole libre qui se promène forcément ça s'passe à l'oral

C'est l'histoire d'un voyage fantastique auquel ont participé plus d'un élément
Qui, lors d'une existence classique, ne se croisent pas forcément
Ce voyage un peu magique, comme tout le monde tu en as entendu parler
Moi j'l'ai connu un soir de pleine lune devant un grand ciel étoilé

Parole du bout du monde
Parole du bout du monde

Moi je crois bien que c'est le vent qui est venu me la souffler
Et ça m'a fait l'effet d'un sédatif car à vrai dire ça m'a troublé

Cette histoire, j'donnerais tout pour connaître son origine exacte
T'sais quoi Rouda on va remonter à sa source chacun de son côté, tel est notre pacte

Ok Grand Corps Malade je te souhaite une balade planétaire
J'te laisse donner le top départ et le choix dans l'hémisphère

Tu devras fouiller dans 2 continents, moi 3, s'il faut on se retrouve dans 10 ans
Mais comme j'ai plus de terres que toi, tu te taperas aussi le fond des océans

Bon voyage !
Que le meilleur gagne !

J'ai commencé à observer les territoires les plus classiques
Le tableau noir des facultés aux discours très académiques
J'ai entendu les cris d'une parole qui s'endort dans des débats soporifiques
Des conférences, des galeries d'art et même des visites guidées au coeur des quartiers historiques

J'ai commencé ma quête en questionnant mon voisin de palier
Il est tellement vieux qu'à un bout de cette histoire il est forcément lié
Il m'a conseillé d'aller enquêter dans un p'tit village montagnard
Mais les gens que j'ai vus là-bas avaient étrangement perdu la mémoire

Sur mon itinéraire j'avais quelques antiquaires
Je n'y ai trouvé que des mots en vieux français et des paroles pleines de poussière
J'ai rencontré deux trois coiffeurs et leurs récits légendaires
A la racine j'ai tout compris d'la théorie de la pesanteur
J'ai donc pris de la hauteur j'ai fait pas mal d'allers-retours
J'ai été rapide ou plein de lenteur mais la durée de mon parcours
S'étale sur le Maghreb et ses conteurs jusqu'aux tavernes de Singapour
Des tribus nomades d'orateurs aux temples de Kuala Lumpur
J'ai vu des mots d'absence des mots laissés sur une porte et même des mots d'amour
J'ai parfois pris le mauvais sens et plus j'ai fait la connaissance des nouveaux troubadours

J'ai compris que c'que je cherchais avait quelque chose de secret
Et que cette histoire était fragile comme un mot écrit à la craie
Je scrutais la nuit dans des ruelles sombres aux odeurs de pisse
Quand un vieux clochard savant m'lança enfin sur une bonne piste
Il m'a dit d'aller interroger un scientifique, j'étais d'accord
Mais celui-ci m'a rien appris, j'ai juste révisé le théorème de Pythagore
Alors je suis allé voir les plus grands philosophes du continent
Mais ils m'ont saoulé, j'préfèrais encore mon vieux voisin incontinent
J'ai rencontré des tas de personnes, de Reykjavik à Pékin
Des groupes de jeunes rappeurs aux vieux griots africains... mais en vain
Et toi?
Rien

J'ai vu des mots tendres, j'ai vu des mots d'excuse, j'ai vu des gros mots
J'ai vu des mots à prendre des mots qui accusent et même des mots en trop
J'ai vu des mots passants, j'ai vu des mots vexants, j'ai vu des mots tranchants comme un pieux
J'ai vu des mots qui immobilisent des mots sans mobile et même des mots creux
J'ai vu des Mohammed, j'ai vu des Mauricette
J'ai surtout vu que j'avais fait ce voyage pour rien
J'ai vu de mauvais mots, j'ai vu des bons moments
Et que finalement la source n'était pas si loin
Cette histoire, c'est la tienne, c'est la mienne, elle est bien réelle
C'est l'histoire du langage universel faites qu'elle soit éternelle

J'sais pas pour toi Grand Corps Malade mais notre fin de texte me semble un peu trop solennelle

C'est vrai Rouda mais l'important c'est peut-être juste qu'elle soit belle
Ca leur paraîtra peut-être bête encore plus con que deux poètes
Mais j'ai encore envie d'le dire : que vive la parole libre!
En tout cas c'qu'est net, c'est que cette histoire vit dans toutes nos têtes
Et qu'on continueras à la vivre jusqu'aux toutes dernières pages de notre propre livre
Bon voyage !
Que le meilleur gagne ! "

Et si vous ne connaissez pas Rouda:



EPK ROUDA "Musique des Lettres"
par LeChantduMonde

Edith Smeesters


Plein feu sur une précieuse actrice de l'environnement: la biologiste Edith Smeesters, très engagée pour l'environnement domestique, au Québec mais aussi en Europe francophone.
Vous trouverez un grand nombre d'informations sur ses actions en consultant le site eausecours.org.
Cette grande dame tire la sonnette d'alarme face aux utilisations inconscientes des pesticides, tout particulièrement en usage domestique. Elle a ainsi écrit un livre destiné à montrer aux amateurs de belles pelouses qu'il existe des alternatives à la chimie pour satisfaire leur désir irrépressible de moquette verte dans le jardin. Ce livre, Pelouses écologiques et autres couvre-sols, a été réédité en 2008 (ed. Broquet). Question de santé, celle de la Terre comme celle de l'homme. Et oui: traiter la pelouse, c'est dangereux! Avis aux joueurs de golf et autres pelousophiles.
Elle prêche aussi la bonne parole concernant l'usage des composteurs familiaux et le respect de l'eau dans l'usage domestique, en particulier dans les jardins: Le Compostage domestique (ed. Terre à Terre) et Aménagements paysagers adaptés à la sécheresse (Broquet, en collaboration avec Jacques Bougie). Elle oeuvre activement au sein de l'ONG québécoise Equiterre pour laquelle elle donne des conférences.
Allez l'écouter si elle passe près de chez vous!

tests sur les animaux: santé ou profit?


Kathy Archibald, généticienne, présidente de l'association Europeans for Medical Progress, a écrit un article publié dans le journal The Ecologist (04/03/05). Les choses n'ont pas évolué depuis lors et les tests in vivo restent un sujet controversé et l'objet d'un juteux commerce au profit des industries pharmaceutiques et cosmétiques. Je vous laisse lire ou relire ce document bien documenté:

"Tests sur les animaux: science ou fiction?

Des médecins généralistes, des professionnels médicaux et des scientifiques s’unissent pour exiger une évaluation complète de l’utilité de la vivisection.

La plupart d’entre nous savent que le cancer, les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux sont les causes majeures de décès en Occident. Mais de nombreuses personnes seraient surprises par la grande cause de décès qui vient juste après : les effets secondaires des médicaments. Les effets indésirables tuent plus de 10 000 personnes chaque année au Royaume-Uni, ce qui coûte environ 466 millions de livres sterling (environ 68.618.310_) au National Health System (l’équivalent de notre sécurité sociale).

L’industrie pharmaceutique nous rassure constamment quant à la sûreté et à l’efficacité des médicaments qui sont testés sur des animaux avant toute administration à des humains. Lorsqu’on les interroge sur l’éthique de la vivisection, ils se défendent généralement ainsi : "A quoi accordez-vous le plus d’importance ? À la vie de votre enfant ou à celle d’un rat ?" À choisir, la plupart des gens sacrifieraient le rat.

Mais que se passerait-il si on vous annonçait que les procédures actuelles de tests sur animaux sont sérieusement erronées ? Réfléchissez à cet exemple :Le Vioxx, un anti-inflammatoire non stéroïdien , retiré du marché en septembre 2004, semblait sûr et même profitable pour le cœur des animaux, mais a provoqué 140,000 crises cardiaques et accidents vasculaires cérébraux rien qu’aux Etats-Unis. Le directeur associé de la sécurité au sein de la FDA (Food Drug Administration a décrit le phénomène comme " la plus grande catastrophe pharmaceutique de l’histoire".

De nombreuses études parues dans les revues scientifiques comparant les effets secondaires chez les animaux et les humains ont révélé que la capacité prédictive des tests sur animaux revenait à jouer à pile ou face. Une revue de la corrélation animal-humain concernant les médicaments retirés du marché en raison de leurs effets secondaires a dévoilé que les tests sur animaux prévoyaient ces effets chez l’homme seulement 6 fois sur 114.

Des centaines de médicaments traitant les accidents vasculaires cérébraux comme le Cerestat, le MaxiPost, le Zendra, le Lotrafiban, le Gavestinel, la Nimodipine ou le Clomethiazole ont été certifiés sûrs et efficaces par les études animales, mais ont blessé ou tué des patients au cours d’études cliniques.

L’hormonothérapie substitutive , prescrite à des millions de femmes car elle diminuait le risque de maladies cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux chez les singes, augmente les risques liés à ces problèmes de façon significative. Le président de la Commission Allemande sur la Sécurité Médicamenteuse a qualifié l’hormonothérapie substitutive de "nouvelle thalidomide ". En août 2003, le journal The Lancet estimait que l’hormonothérapie substitutive était à l’origine de 20 000 cas de cancer du sein sur la dernière décennie au Royaume-Uni, en plus de plusieurs milliers de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux.

Le Dr Richard Klausner, ancien directeur de l’Institut National du Cancer aux Etats-unis regrette : " L’histoire de la recherche sur le cancer se résume à chercher un traitement du cancer chez la souris. Nous soignons des souris depuis des dizaines d’années, mais ça ne marche tout simplement pas chez l’homme. " L’Institut National du Cancer pense que nous sommes passés à côtés de certains traitements car ils ne fonctionnaient pas chez les souris.
La fumée de cigarette, l’amiante, l’arsenic, le benzène, l’alcool et les fibres de verre sont tous surs à la consommation, selon les études animales.

Sur 22 médicaments ayant permis de soigner les blessures de la moelle épinière chez les animaux, une seule est efficace chez l’homme.

Sur 20 composés connus pour être cancérigènes chez l’homme, 19 sont à l’origine de cancers chez les animaux.

Le Dr Albert Sabin, inventeur du vaccin contre la polio, a juré sous serment que le vaccin " a longtemps été retardé par la conception erronée de la nature de la maladie humaine basée sur des modèles expérimentaux inexacts observés chez les singes".

La découverte de la pénicilline, premier antibiotique, a été retardée de plus de 10 ans par des résultats inexacts provenant d’expériences sur des lapins, et aurait été complètement mise de côté si on l’avait testée sur des cochons d’indes pour lesquels elle est mortelle. Sir Alexander Fleming a personnellement déclaré : " Quelle chance nous avons eu de ne pas avoir fait ces tests sur animaux dans les années 1940, sinon la pénicilline n’aurait jamais eu d’autorisation de commercialisation et les antibiotiques n’auraient probablement jamais vu le jour".

La thalidomide, cause tristement célèbre de malformations congénitales chez plus de 10,000 enfants au début des années 1960, provoque des malformations chez très peu d’espèces. Le DR James Schardein, doyen des études sur les malformations congénitales, déclare : " Sur environ 10 souches de rats, 15 souches de souris, 11 élevages de lapins, 2 élevages de chiens, 3 souches de hamsters, 8 espèces de primates et chez d’autres espèces aussi variées que les chats, tatous, cochons d’inde, suidés et furets chez qui l’on a testé la thalidomide, les effets tératogènes ont été constatés que très rarement. Ironie du sort, si la thalidomide, substance qui a rendu les tests sur animaux obligatoires, devait être certifiée uniquement sur les résultats de tels tests, elle serait encore autorisée aujourd’hui.

Le Manuel de la Science des Animaux de Laboratoire lui-même admet que " compter aveuglément sur les résultats de l’expérimentation animale peut être dangereusement trompeur et peut coûter la santé et la vie de dizaines de milliers d’humains".

Alors pourquoi tester les nouveaux médicaments sur des animaux ?

Les tests sur animaux sont devenus obligatoires à la suite de la tragédie de la thalidomide. Le UK Medicines Act (1968, AU Royaume Uni) a suivi le US Kefauver-Harris Act (aux Etats Unis), mis en place en 1961 en plein milieu du scandale de la thalidomide afin de s’assurer que la FDA disposait de preuves de sécurité et d’efficacité pour tout nouveau médicament. L’intention était louable, mais la confiance placée dans l’expérimentation animale pour certifier la sécurité des médicaments reflétait un manque tragique d’information.

Les scientifiques et l’industrie pharmaceutique savent depuis des décennies que l’expérimentation animale n’est scientifiquement pas fiable. En septembre 1962, The Lancet commentait déjà : " Nous devons reconnaître que les tests animaliers les plus attentionnés sur les effets de nouvelles substances peuvent ne pas nous en apprendre beaucoup sur les effets chez les humains." En 1964, le Dr J. Gallagher, directeur médical des Laboratoires Lederle, admettait : "Les études animales sont effectuées pour des raisons légales et non pour des motifs scientifiques."

Les entreprises pharmaceutiques mènent donc des expériences sur animaux pour satisfaire les organismes de régulation du gouvernement. Les données animales fournissent une protection civile cruciale lorsque des médicaments blessent ou tuent des personnes. L’industrie peut sortir la carte des rigoureux tests sur animaux et déclarer que le mieux a été fait pour s’assurer qu’il n’y aurait pas de tragédies, ce qui minimise les dommages et intérêts qui peuvent être demandés.

Pour ce qui est de satisfaire les organismes de régulation, la sélection pragmatique des espèces illustrera ce que l’on attend d’une substance, que ce soit la sécurité ou l’efficacité. Les entreprises ne sont pas tenues de fournir toutes leurs données animales mais seulement celles de deux espèces : rongeur et mammifère supérieur. Le Dr Irwin Bross, ancien directeur du plus important institut de recherche sur le cancer, Sloan Kettering, observe : " Quand les agences gouvernementales ou les entreprises polluantes veulent couvrir un danger écologique, elles trouvent toujours une étude animale pour justifier leur déclaration. Elles peuvent même mener une nouvelle étude pour corroborer ce qu’elles expriment en choisissant le bon modèle animal".
Accorder une importance massive à la sécurité des données animales a également permis aux entreprises pharmaceutiques d’éviter les dépenses d’essais cliniques qui devraient avoir lieu. Depuis les années 1950, les médecins ne cessent de dire que les essais cliniques devraient impliquer plus de monde, durer plus longtemps, et utiliser des échantillons sociaux plus diversifiés en complément des hommes blancs, jeunes et standards. On ne fait généralement pas appel à des femmes car elles peuvent être enceintes : le fabricant s’exposerait donc à un risque civil face à des malformations de naissance non anticipées. Très souvent, les essais n’incluent même pas des patients que le traitement testé est supposé soigner. Cette situation absurde doit être clairement soulignée.

Il n’y a aucune autre possibilité : les humains doivent être les derniers cobayes pour tester des nouveaux traitements. Cela signifie clairement que la santé et la sécurité des volontaires et des patients doivent être prépondérantes et les meilleurs dispositifs de contrôle doivent être mis en place pour les protéger.

Tester les médicaments de façon sûre sur des humains

Les nouveaux médicaments passent par 3 phases basiques : in vitro (tube à essai) et in silico (modélisation par ordinateur) ; les tests sur animaux puis finalement les essais cliniques.
Avant de tester une substance sur des humains, il doit exister une preuve concluante de la sûreté et de l’efficacité de celle-ci. Aucune méthode, animale, humaine ou in vitro ne peut prévoir les réactions humaines de chaque patient à 100%. Les réactions sont différentes selon le sexe, l’âge, le groupe ethnique, et même entre membres d’une même famille. Nous sommes tous différents, mais les différences sont moindres entre humains qu’entre animaux et humains. Les distinctions humains-animaux sont si importantes qu’elles rendent toute extrapolation dangereuse. Les méthodes alternatives ne permettent pas d’éviter les échecs, mais offrent une bien plus grande sécurité.

Il existe d’excellentes méthodes in vitro et in silico de nos jours. De nombreuses entreprises se spécialisent dans la modélisation par ordinateur afin de vérifier les effets toxiques potentiels. Une gamme très variée de logiciels de prévision est disponible, y compris des simulations complètes d’essais cliniques. D’autres entreprises se focalisent sur l’évaluation de la sécurité et de l’efficacité de tissus humains. Une étude internationale sur 10 ans a prouvé que les tests utilisant la culture de cellules humaines sont plus précis et fournissent des informations plus utiles sur les mécanismes toxiques que les tests sur animaux traditionnels.

Au lieu des études précliniques basées sur des animaux, les patients et volontaires des études cliniques qui suivent seraient mieux protégés si l’on adoptait des études préliminaires micro dosées (ou essais cliniques en " phase 0 "). Les études micro dosées impliquent l’administration de doses infimes (et sûres) de la substance à tester à des volontaires surveillés par scanner. Le micro dosage humain, basé sur le concept selon lequel l’homme est le meilleur modèle de l’homme, permet de sélectionner les meilleurs candidats avant de s’avancer dans le développement complet du test, ce qui réduit donc par la suite le taux d’échec au cours des phases plus délicates et plus chères.

Au cours des essais cliniques, il faudrait effectuer les mesures pharmacologiques appropriées, ce qui permettrait de prévenir des problèmes potentiels. Il est vrai que certains effets secondaires rares ne sont détectés que lorsque le médicament est prescrit à une importante quantité de personnes. C’est pourquoi la surveillance post-commercialisation (ou post AMM) est si importante et qu’elle doit être renforcée afin de relever ces effets le plus rapidement possible. Les rapports d’effets indésirables de médicaments sont actuellement grandissants aux Etats Unis où le chiffre record de 422 500 effets indésirables a été enregistré par la FDA en 2004. La FDA avertit que le nombre actuel pourrait être 10 à 100 plus important en raison des effets non rapportés."

(en lire plus sur le site stopvivisection.info)

lundi 11 mai 2009

Tat tvam asi

"L’homme n'est éthique que lorsque la vie en elle-même, aussi bien celle des plantes que celle des animaux lui est sacrée, comme celle des hommes, et lorsqu'il se dévoue pour porter aide à une vie qui est en danger. Seule l’éthique universelle d'une vie qui se sent démesurément responsable à l'égard de tout ce qui vit peut se justifier en pensée."

Albert Schweitzer - Ma vie et ma pensée - 1931

Je mets impulsivement cette réflexion du grand monsieur de Lambaréné en perspective avec ce tableau du peintre flamand contemporain Johan Clarysse, philosophe avant d'être artiste:


"Are some people more human than other people?"

Une façon de diversifier les approches de la réflexion ontologique fondamentale.

"Y a-t-il des personnes plus humaines que d'autres?" comme le sous-titre le tableau qui ne représente pas l'espèce humaine (mais est-ce si incohérent de montrer l'animal dans ce cas?)?
L'homme n'est-il humain que dans l'intégration d'un principe vital qui fait de lui un être vivant parmi d'autres êtres vivants?

Pensons au "tat tvam asi" hindou (Ganapati Upanishad, 2): tu es cela. Toi, homme, être vivant, tu es la manifestation de cela, le principe essentiel sacré, indéfinissable, irreprésentable dans l'absolu. Le Tao chinois. Un cela qui se manifeste aussi dans les autres formes animales, dans les formes végétales... ou qui ne se manifeste pas.

Pensons, en écho, au verset 3.19 de l'Ecclésiaste: "Car le sort des fils de l'homme et celui de la bête sont pour eux un même sort; comme meurt l'un, ainsi meurt l'autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l'homme sur la bête est nulle; car tout est vanité."

Pensons à la science qui ne dit rien d'autre finalement: " Je suis le légataire de milliards de milliards d’atomes qui ont déjà composé autre chose, et qui formeront bientôt d’autres objets que moi-même. J’incarne l’usufruitier d’un édifice de molécules qui ont déjà des milliards de fois servi, et qui resserviront encore lorsque je serai démembré, décharné, recyclé, restitué au magasin du cosmos.
C’est à peine si j’existe dans l’infini de l’espace-temps. Mais je suis un animal à gros cerveau : 1 300 grammes de matière blanche ou grise, cent milliards de neurones… Grâce à mon encéphale, je suis devenu un empilement de particules qui rêve de particules ; un réseau de forces qui met en équations les forces ; un entrelacs d’atomes qui étudie les atomes ; une collection de cellules qui explore les cellules."

Cette question, qui souligne la vanité des egos autant que les responsabilités individuelles pour chaque acte, chaque mot et chaque pensée, crée un déni, un affolement ou un vertige.

mercredi 6 mai 2009

Francis Hallé


Un peu de lecture... Un entretien de Francis Hallé pour Télérama. Un marche-pied pour découvrir ce botaniste qui fait un travail magnifique pour ouvrir les esprits anthropocentrés et tenter de sauver la bio-diversité forestière.

"Assurément, il y a du Jules Verne chez ce botaniste-là. Parce qu'il avait l'intuition que « tout se passe là-haut », Francis Hallé a exploré la canopée tropicale – étage supérieur de la forêt – sur une étrange plate-forme gonflable, le Radeau des cimes. Une aventure humaine et scientifique hors norme qui a bouleversé notre connaissance du genre végétal, et qui continue, depuis, son bonhomme de chemin (à voir ci-dessous). C'est peu dire que Francis Hallé aime les plantes, et les arbres en particulier. Ce scientifique de renommée internationale, découvreur de « l'architecture botanique », leur a consacré toute sa vie et contribué à renouveler notre regard sur elles et leur « radicale altérité ». Comprendre le règne végétal, dit-il, exige « une révolution intellectuelle ». C'est, aujourd'hui plus que jamais, une urgence alors que les dernières forêts primaires, sommet de la biodiversité et berceau de l'humanité, sont en train de disparaître dans l'indifférence quasi générale. Nous l'avons rencontré chez lui, à Montpellier, à l'occasion de la sortie d'Aux origines des plantes, ouvrage collectif qu'il a codirigé pendant près de trois ans, et magistral hymne à la magie végétale.

Où en est-on de la connaissance des plantes ?

Nous les comprenons encore très mal ! Quand nous les étudions, c'est toujours à partir de modèles humains et animaux. Nous restons indécrottablement zoocentrés. D'ailleurs, la formation des biologistes se fait toujours sur l'homme et l'animal. Résultat, nous passons souvent à côté de la réalité végétale, d'autant qu'il y a beaucoup plus de travaux sur les animaux que sur les plantes. Je trouve cela injuste. Le Muséum de Paris ouvre une Grande Galerie de l'évolution, et il oublie les plantes. Un ponte américain, Russell Mittermeier, publie une somme intitulée Megadiversity, et il y parle à 98 % d'animaux, tous très bien identifiés. Mais les plantes ? Il en cite une poignée, dont la moitié ne porte pas de nom, un arbre du Mexique, une plante du Paraná au Brésil... De même, on a une Société protectrice des animaux mais on n'a jamais entendu parler d'une SPP, une Société protectrice des plantes. D'ailleurs des expressions comme « c'est un légume », « se planter » disent bien notre mépris.

Reconnaissez qu'il est plus difficile de s'identifier à un géranium qu'à un animal...

Effectivement. Et pourtant, elles ont beaucoup à nous apprendre. Sait-on qu'elles sont plus évoluées que nous ? L'être humain, qui se croit au sommet de l'évolution, compte 26 000 gènes dans son ADN. On a découvert que le génome du riz en détient 50 000. Le double ! Ça a été un choc pour les biologistes, qui pensaient que plus un organisme était évolué, plus il comptait de gènes. Fallait-il tout revoir ? « Pas du tout », nous a répondu le généticien Axel Kahn, « le riz est plus évolué que l'homme : essayez donc de passer l'hiver le pied dans l'eau froide, à vous nourrir exclusivement de lumière, de soleil et de gaz carbonique. Vous n'y arriverez pas, car votre équipement génétique est insuffisant ». En réalité, les règnes animal et végétal ne sont pas en compétition. Mais nous sommes partis dans deux directions différentes, et la plante est allée plus loin que nous.

Comment cela ?

L'animal est mobile, la plante pas, et c'est un sacré changement de paradigme : les végétaux ont dû développer une astuce largement supérieure à la nôtre. Ils sont devenus des virtuoses de la biochimie. Pour communiquer. Pour se défendre. Prenons le haricot : quand il est attaqué par des pucerons, il émet des molécules volatiles destinées à un autre être vivant, un prédateur de pucerons. Voilà un insecticide parfait ! Pour se protéger des gazelles, un acacia, lui, change la composition chimique de ses feuilles en quelques secondes et les rend incroyablement astringentes. Plus fort encore, il émet des molécules d'éthylène pour prévenir ses voisins des attaques de gazelles. Enfin, des chercheurs de l'Institut national de recherche d'Amazonie (INPA) viennent de montrer que les molécules volatiles, émises par les arbres tropicaux, servent en fait de germes pour la condensation de la vapeur d'eau sous forme de gouttes de pluie. Autrement dit, les arbres sont capables de déclencher une pluie au-dessus d'eux parce qu'ils en ont besoin !

Les arbres seraient donc intelligents ?

Non. On ne peut pas parler d'intelligence dans le règne végétal. Les plantes s'adaptent, communiquent, se défendent, mais il s'agit de phénomènes automatiques. Pour être « intelligent », il faut pouvoir hésiter, se tromper. La plante ne le fait pas.
Mais leur mode d'existence est extrêmement original...Nous sommes face à une altérité totale. Et c'est précisément ce qui me touche tant. Ces plantes, si fondamentalement différentes, forment des poches de résistance à la volonté de contrôle de l'homme. Moi, ça me rassure, ça me permet de respirer. Mais l'altérité gêne. Je connais beaucoup de gens à qui cela fait peur de savoir, par exemple, que l'arbre est potentiellement immortel. L'homme et l'animal finissent tous par mourir, c'est inéluctable, alors l'idée que des végétaux puissent échapper à ce sort commun en effraie beaucoup...

Les plantes ne sont pas programmées génétiquement pour mourir ?

Non, leur fin est toujours due à des éléments externes : une inondation, un coup de froid, un bûcheron, un incendie... Mais si tout va bien, il n'y a aucune raison pour qu'elles disparaissent. Chez les animaux et les hommes, les gènes s'éteignent par un mécanisme biochimique - la méthylation – qui est à l'origine de la sénescence – le vieillissement. Certains arbres et plantes paraissent échapper à ce processus : avec leur « croissance rythmique » – stoppée en hiver –, ils réactivent leurs gènes « éteints » à compter du printemps, et luttent ainsi contre la sénescence. En outre, à partir d'un arbre originel mort depuis longtemps, des « clones » se forment grâce à des mécanismes de multiplication végétative au niveau du sol, ce qui leur donne une durée de vie illimitée. Il suffit d'aller dans la banlieue de Londres, au jardin botanique de Kew Garden, pour voir une collection d'arbres potentiellement immortels. Les chênes y vivent éloignés les uns des autres au milieu d'immenses pelouses. Leurs branches basses traînent par terre et s'enracinent pour donner de nouveaux arbres, qui à leur tour en donnent d'autres. Si les conditions restent bonnes, pourquoi voulez-vous que ça s'arrête ? Le plus vieil arbre que l'on ait identifié pour l'instant, le houx royal de Tasmanie, a 43 000 ans. Sa graine initiale aurait germé au Pléistocène, au moment de la coexistence entre Neandertal et l'homme moderne. Le premier arbre sorti de la graine est mort depuis longtemps, mais la plante, elle, ne meurt pas, plusieurs centaines de troncs se succèdent sur 1 200 mètres.

Peut-on dire qu'il s'agit du même arbre ?

Comprendre l'arbre suppose d'opérer une révolution intellectuelle. C'est un être à la fois unique et pluriel. L'homme possède un seul génome, stable. Chez l'arbre, on trouve de fortes différences génétiques selon les branches : chacune peut avoir son propre génome, ce qui conforte l'idée que l'arbre n'est pas un individu mais une colonie, un peu comme un récif de corail.

Vous parlez aussi des excréments des arbres !

Toute machine, avec une entrée d'énergie, produit des déchets. Les thermodynamiciens, les physiciens l'ont démontré. Mais où passent les excréments des arbres ? On a dit que c'était peut-être l'oxygène, ou les feuilles mortes. Or il semblerait que ce soit le tronc, et plus précisément la lignine, qui constitue l'essentiel du bois. Il s'agit d'un produit très toxique que l'arbre dépose sur des cellules qui sont en train de mourir et qui vont se transformer en vaisseaux – ceux-là mêmes qui vont permettre la montée de l'eau dans le tronc. On peut donc dire que l'arbre repose sur la colonne de ses excréments : cette lignine qui donne aux plantes leur caractère érigé, qui leur permet de lutter contre la pesanteur et de s'élever au-dessus des végétations concurrentes. C'est très astucieux. Et c'est bien dans le style des plantes de tirer parti de façon positive de quelque chose de négatif. On dit souvent que l'arbre vient du sol. Mais en réalité, il est né d'un stock de polluants, puisqu'il est constitué à 40 % de molécules à base de carbone (le reste est de l'eau). L'arbre a cherché le carbone dans l'air, l'a épuré et transformé en bois. Alors, couper un arbre, c'est comme détruire une usine d'épuration.

L'arbre est une ressource prodigieuse. En est-on suffisamment conscient ?

On pourrait l'utiliser bien plus encore ! Les plantes sont d'ailleurs faites pour être utilisées car, contrairement à l'animal, vous n'êtes pas obligé de les tuer pour vous en servir. Non seulement 80 % de nos médicaments proviennent des végétaux, mais je pense que les plantes, et les arbres en particulier, sont nos meilleurs alliés pour lutter contre le réchauffement climatique. Dans la mesure où celui-ci est dû au CO2, quoi de mieux que les plantes, qui ont précisément les moyens de fixer le carbone ? Si on replantait suffisamment d'arbres, on n'aurait plus de problème d'effet de serre. Il y a dans les tropiques d'énormes surfaces déforestées, où la culture ne marche pas, et qui offrent des terrains parfaits pour replanter des arbres.

En 2003, vous aviez alerté sur la disparition des forêts primaires. Où en est-on aujourd'hui ?

C'est pire. En 2003, il leur restait dix ans avant de disparaître. Deux éléments se sont surajoutés depuis. Le développement économique de la Chine tout d'abord. Les Chinois ont un grand besoin de bois, et comme ils ont rasé leurs propres forêts depuis longtemps, ils vont chercher leurs ressources ailleurs : en Afrique, en Amérique du Sud, et surtout dans le Sud-Est asiatique - le Cambodge est soumis à une déforestation effrénée. Et puis il y a les agrocarburants. De nombreux pays n'hésitent plus à couper leur forêt, jugée insuffisamment productive, pour la remplacer par des cultures pour agrocarburants. Pourquoi ? Pour faire le plein dans nos bagnoles. C'est terrifiant. Si on n'a plus assez d'essence, il faut réduire notre consommation, et non pas piller les pays tropicaux, qui ont toujours été nos victimes. Tout cela, nous le savons bien. Mais nous, et surtout nos hommes politiques qui auraient le pouvoir d'agir, ne faisons rien.

Pourquoi ?

La France est un acteur majeur du commerce du bois et participe à la déforestation, notamment en Afrique, en soutenant de grosses entreprises comme Bolloré, Leroy, Rougier, Pallisco... Elles bénéficient de l'aide publique au développement, mais aussi des services scientifiques de l'Etat. Le Cirad-Forêt (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) sert de support technique aux entreprises de déforestation. Quand elles tombent sur une nouvelle espèce d'arbre avec un bois qui leur paraît intéressant, c'est le Cirad-Forêt qui essaie de lui trouver une application. Cela fait longtemps que nos politiciens, de droite comme de gauche, tirent parti de cette déforestation. Il suffit de penser aux réseaux Pasqua, Mitterrand, Chirac, à ce qu'on appelle la Françafrique, et qui a permis aux chefs d'Etat africains de financer les campagnes électorales en France. Et ceux qui ne sont pas mouillés n'ont de toute façon jamais été formés à l'écologie, pourquoi changeraient-ils de politique ?

C'est pourtant un enjeu essentiel pour l'humanité ?

Les forêts équatoriales représentent le sommet de la biodiversité. On y trouve le maximum d'espèces dans un volume donné, beaucoup plus que dans le milieu marin. C'est donc une formidable perte. Notre espèce y est née, et on y trouve encore nos plus proches cousins, les grands primates. Et n'oublions pas que cette disparition se double d'un génocide car il y a des hommes qui vivent là, sans détruire quoi que ce soit. Un génocide institutionnalisé pour la recherche du profit : qu'est-ce que ce monde-là ? Le cas de la Guyane me touche de près. On y détruit la forêt pour chercher de l'or, en utilisant du mercure qui pollue les rivières et pourrait avoir une influence dramatique sur les populations amérindiennes. Quand Hernán Cortés est arrivé à Mexico, que cherchait-il ? De l'or, et il avait le plus profond mépris pour les Indiens. A-t-on fait le moindre progrès depuis ?

Considérez-vous le combat comme perdu ?

J'ai passé beaucoup de temps à tenter de défendre la forêt primaire, et je n'ai rien obtenu. Mais sur le plan éthique, se battre a une valeur. Je me considère comme extrêmement privilégié : grâce à l'expérience du Radeau des cimes, j'ai vu ces merveilles et j'aurais voulu que mes contemporains puissent en profiter. Le sous-bois de ces forêts, ce qu'on voit à hauteur d'homme, ne présente pas grand intérêt. En revanche, ces canopées sont d'une beauté spectaculaire, impossible à décrire. Une fois que vous avez vu ces couronnes d'arbres en fleurs, ces animaux extraordinaires et de toutes tailles, que vous avez entendu le concert de la faune canopéenne à la tombée du jour, au milieu des lucioles, vous ne pouvez plus y toucher. Par ailleurs, c'est une immense réserve en molécules biochimiques, un trésor planétaire qui offre des perspectives formidables pour la recherche pharmaceutique. Un jour, on aura besoin de ces molécules et on se dira : c'est bête, on les avait sous la main et on n'en a pas tiré parti.

Propos recueillis par Weronika Zarachowicz
Télérama n° 3066

Si vous souhaitez aller plus loin vous pouvez:

- visiter le site: Le Radeau des cimes.
- écouter l'émission Plaidoyer pour l'arbre ("Terre à Terre", France Culture) recommandée par Made in Earth.
- lire un des ouvrages de Francis Hallé:


  • Un monde sans hiver (1993);

  • Les tropiques : nature et sociétés (1993);

  • Éloge de la plante, Pour une nouvelle biologie (1999);

  • Le Radeau des cimes, L'exploration des canopées forestières avec Dany Cleyet-Marrel et Gilles Ebersolt (2000);

  • Essai sur l'architecture et la dynamique de croissance des arbres tropicaux avec Oldeman (2002);

  • Architecture des plantes (2004);

  • Plaidoyer pour l'arbre (2005);

  • Aux Origines des plantes, Tome 1 & 2 (2008).

- regarder le reportage de Alain R. Devez et Francis Hallé, Le Radeau des cimes (1987).

mardi 5 mai 2009

Le Parlement européen, la vie et la mort



Bonne nouvelle! Aujourd'hui le Parlement européen a voté pour interdire le commerce des produits en peau de phoque sur le territoire européen. Rappelons que l'Europe était le premier marché d'exportation des produits canadiens en peau de phoque. C'est un beau jour... Merci à celles et ceux qui ont participé aux actions et pétitions!

Cette heureuse nouvelle ne doit pas occulter l'autre vote, moins heureux pour les animaux, de ce 5 mai 2009. Nous parlions il y a quelques jours de la révision de la directive européenne sur les animaux de laboratoire. Les députés européens ont satisfait les exigences de l'industrie pharmaceutique. Le rapport du conservateur britannique Neil Parish, favorable à la révision de la proposition de la Commission qui visait positivement une restriction du nombre d'animaux victimes de tests dans les laboratoires, a été approuvé par 540 voix contre 66 (34 abstentions). Point positif: les primates non humains ne pourront plus être torturés mais les autres primates (macaques...) si. Sainte Economie a encore frappé!

J'en profite pour vous inviter à visiter la belle vitrine du Parlement européen pour les prochaines élections...sur MySpace! Là, c'est Sainte Communication la responsable. Les exemples sont assez simplistes pour parler d'eux-mêmes. Prenez l'exemple des carburants:


Vous avez le choix entre:
- le pétrole ("Classic fuel is what I know best");
- l'électricité, c'est-à-dire essentiellement le nucléaire à l'heure actuelle ("I believe in electrical power");
- les mal-nommés bio-carburants, responsables de malnutrition et de déforestation ("Biofuel is cool").
Pas d'autre option?
Le débat se résume à ça?
Et, puisqu'on parle des animaux, que pensez-vous de cette manière d'utiliser leur image?


Dans le contexte financier, vous avez donc le choix entre:
- l'ultra-libéralisme sauvage incarné par le lion ("No regulations in the financial market") et
- l'ultra-libéralisme de salon incarné par le chat ("Financial markets require our control").
Je vous laisse réfléchir à tout ça.

Obama et le loup gris (triste suite)


Le 5 mars dernier, nous nous réjouissions de la décision du gouvernement Obama de geler la décision de supprimer le loup gris de la liste des espèces en voie d'extinction. Machine arrière!
Les gestionnaires d'Obama n'ont rien à envier à Sarah Palin.

Ed Bangs, responsable de la gestion des loups auprès des US Fish and Wildlife Services (FWS), a déclaré que "cette chasse ne va pas décimer les populations mais au lieu d'avoir un gars comme moi qui abat un loup depuis un hélicoptère après qu'il eut attaqué du bétail, vous aurez des chasseurs licenciés qui tireront un loup dans des conditions de chasse équitable." Il a ajouté: "La loi sur les espèces menacées a été un succès et a permis le retour des loups" (Source AFP).
Bingo! Allez, on peut recommencer les conneries et on sort le fusil! C'est d'une logique à toute épreuve... sauver une espèce pour mieux la canarder.

Déclaration de Rodger Schlickeisen, président de Defenders of Wildlife:

Today’s delisting is a potentially disastrous turn for a venture that began in 1995 in such a hopeful and rewarding manner: the restoration of wolves to their natural landscape in the West. We are outraged and dismayed that Secretary Salazar put his stamp of approval on this premature and inadequate Bush administration plan for wolf.
We all expected more from the Obama administration, which repeatedly promised it would consult with conservationists, scientists, and other stakeholders on key issues before making decisions. Secretary Salazar rejected our offer to work with him to find the right way to delist wolves in the region and, instead, made his surprise announcement that he was removing federal protections for vulnerable wolves with no transparency at all. Defenders of Wildlife immediately filed a request under the Freedom of Information Act so we could learn who the Secretary talked to about the issue and what scientific review he undertook – and we are still waiting for an answer. Meanwhile we are moving to sue Secretary Salazar as soon as possible to overturn this misguided and unwarranted decision.
The delisting plan allows these two states to reduce wolf populations to levels that would threaten genetic diversity between populations and undermine the goal of ensuring a healthy, sustainable wolf population in the region. Secretary Salazar’s terrible decision leaves us no choice. We will stand up for wolves and endangered species conservation by moving to challenge this delisting in court as soon as the law allows."

Déclaration de Suzanne Stone, représentante des Northern Rockies pour Defenders of Wildlife:

"All the reasons why this plan was a bad idea when the Bush administration proposed it still stand today. It allows all but 300 – of an estimated total of 1,343 – of the wolves in Idaho and Montana to be killed. These numbers do not even account for the new pups being born as we speak, who are easy targets for those who would wish them harm.
The delisting plan ignores current science on what wolves need to maintain a healthy population over the long term. It also ignores the hundreds of thousands of citizens who have asked for a better plan, and it flies in the face of the fact that wolf populations cannot be distinguished on the basis of political boundaries for the purpose of applying the ESA.
With respect to Idaho and Montana, little about this rule has changed since it was rejected and deemed unlawful in a federal court in July of 2008.
Idaho, which hosts the majority of the region’s wolf population, has already publically announced its desire to aggressively reduce its state wolf population once federal protections are lifted. Today, there are at least 25 packs on the short-list that may be targeted for removal. It is actions such as these that we fear, and must prevent.
Delisting the wolf at this point in time completely undermines the serious work, consideration and cooperation among all stakeholders that is necessary before being able to objectively declare the gray wolf recovered."
Source: defenders.org
Defenders of Wildlife is dedicated to the protection of all native animals and plants in their natural communities. With more than 1 million members and activists, Defenders of Wildlife is a leading advocate for innovative solutions to safeguard our wildlife heritage for generations to come.



Merci de votre aide!Il faut essayer de changer les choses.
Limpy, le loup de la vidéo, enchantait les visiteurs du parc de Yellowstone jusqu'à l'année dernière en mai où il a été tué par un salopard haineux et motorisé malgré la protection fédérale. Alors, sans protection, on peut imaginer le carnage. Ou plutôt, non, n'imaginons pas et espérons que les pressions pourront agir sur la décision des autorités américaines.

Arbres


L'arbre est un être vivant.
Il vit plus longtemps que la plupart des autres êtres vivants.
Il est de plus grande taille.
Toute blessure à son encontre est irréparable.
Abattre un arbre est un sacrifice qui doit être accompli en conscience et seulement quand cela est strictement nécessaire.

Pour Bouddha, une forêt est "un organisme d'une bonté et d'une bienveillance illimitée qui ne réclame rien pour sa subsistance et distribue généreusement les fruits de son activité; elle accorde protection à tous les êtres, offrant même son ombre au bûcheron venu l'abattre." (cité par Henryk Skolimowski dans Forests as Sanctuaries.)

Les civilisations traditionnelles partagent la plupart du temps cette vision des choses. Seule la civilisation de la tronçonneuse et de l'industrie du bois ne pense plus qu'au dieu Finance quand les arbres tombent. La réflexion peut être (dé)placée dans d'autres contextes, bien entendu. Elle a lieu d'être chaque fois que l'argent piétine la vie.

Les arbres, "des êtres vivants dont nous ne comprenons simplement pas l’âme" comme l'exprime magnifiquement Fabrice Nicolino.

Par bonheur, certains savent que les arbres ont une vie si longue que leur présence se manifeste longtemps et sous bien des formes:

Le Châtaignier (Paroles de Guy Thomas, musique de Jean Ferrat)

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

Bien à l'abri dans ma soupente
Moi j'entends chanter la charpente
J'entends les poutres qui se plaignent
Ce n'est pas du bois vermoulu
De ne plus donner de châtaignes
En supportant mon toit pointu

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

[non mon châtaignier
n'est pas mort
étant donné qu'il chante encore
la belle chanson d'autrefois]

Quand on devient poutre-maîtresse
C'est tout le toit qui vous oppresse
Il faut chanter tout doucement
La chanson de ses origines
Celle qu'il me chante en sourdine
En y mettant du sentiment

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

C'est surprenant mais c'est logique
Il chante la chanson magique
Qu'il a apprise au fond des bois
Il me chante une chanson tendre
Que je suis le seul à comprendre
Quand la nuit vient à petits pas

[Les autres gens de la maison
n'entendent jamais sa chanson
et chacun croit que je débloque
quand je leur dis que la bicoque
est protégée des araignées
par la vie de mon châtaignier]

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

C'est vrai pourtant qu'il nous protège
Contre le froid contre la neige
Tout en berçant mes insomnies
Ce n'est pas une chanson triste
Mon châtaignier est un artiste
Qui continue d'aimer la vie

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier