lundi 25 janvier 2010

L'année du tigre


Copyright: AFP/ROMEO GACAD

Le 14 février prochain débute l'année du Tigre. En Asie, c'est un signe du zodiaque mais c'est aussi un produit de consommation. Et si les choses continuent comme ça, ce ne sera bientôt plus qu'un symbole. La viande de tigre est au menu de certains restaurants en Malaisie. La vieille recette de vin à base d'os de tigre refait surface et est un must dans la Chine urbaine du XXI° siècle. Les organes et produits dérivés du tigre sauvage continuent d'être utilisés par la médecine traditionnelle chinoise malgré l'interdiction officielle de ce commerce. Des fermes à tigres élèvent des félins en captivité et fournissent la matière première à un commerce moins occulte. La poudre de dents de tigre soignerait asthme et maladies génitales; la peau entre dans la confection de tisanes pour soigner les troubles de la mémoire; les os sont réputés pour leurs propriétés aphrodisiaques et anti-rhumatismales; la queue devient pommade cicatrisante... Des pratiques traditionnelles sont également signalées pendant le Litang Horse Festival, où les nomades Khampas d'origine tibétaine utiliseraient des peaux de tigre dans leurs costumes traditionnels:

"Même les bouddhistes des régions pan-tibétaines de la Chine et de l’Inde, profitant d’une nouvelle prospérité économique, ont fait évoluer une vieille tradition consistant à orner les robes traditionnelles avec des fragments de peaux de tigres et d’autres grands félins, pour utiliser aujourd’hui des peaux entières pour en faire des robes. Bien que cette tendance ait été largement réduite à la suite d’un appel du dalaï-lama en 2006 invitant à renoncer à la vente et à l’exploitation d’espèces menacées d’extinction, même les tigres ne peuvent échapper aux soubresauts de la politique au Tibet. Certains affirment que les autorités provinciales chinoises continuent à promouvoir l’usage de grandes peaux de félins dans le but de réduire l’influence persistante du dalaï-lama dans la région." (source: le très intéressant article d'Elizabeth O’Neill: "Aujourd’hui, les tigres valent plus morts que vifs" publié dans le Magazine Etat de la Planète en collaboration avec le World Watch Institute). Rien ne semble épargner les derniers grands fauves, pas même les querelles politiques.

Selon l'article de Solenn Honorine, "Trafic: la Thaïlande sort ses griffes", paru dans Libération le 28 septembre 2005: "La population mondiale de tigres sauvages a chuté de 95 % en un siècle ; aujourd'hui, on en recense moins de 7 000 dans les forêts d'Inde, d'Indonésie, de Thaïlande, de Birmanie et de Russie. Première responsable, la déforestation mais aussi ­ et surtout depuis ces vingt dernières années ­ le trafic de peau, os et viande de tigre." Une situation réellement alarmante à laquelle il est difficile de remédier étant donné la puissance des réseaux de braconnage, la corruption et le peu de moyen des organismes chargés de lutter contre cette maffia.
Dans Le Monde du 22 janvier dernier ("A adopter : une trentaine de tigres de Sumatra"), les autorités indonésiennes proposent une solution douteuse pour "protéger" les derniers tigres de Sumatra:

"Pour élever chez soi une paire de ces tigres, il faudra débourser un milliard de roupies (environ 100 000 dollars) et disposer d'un espace minimum de 60 m2, bien qu'il soit préférable de leur offrir un large terrain, a expliqué un responsable du ministère de la forêt. "Nous ne vendons, ni ne louons les tigres", qui "continueront à appartenir à l'Etat", a-t-il précisé. "Nous autorisons seulement les gens à s'en occuper. Ils devront pour cela respecter un certain nombre de conditions."[...] "En Indonésie, une trentaine de tigres de Sumatra nés en captivité seraient disponibles pour être "adoptés". Les autorités ont eu l'idée de les mettre à disposition de particuliers "après avoir été approchées par plusieurs hommes d'affaires fortunés qui ont proposé d'en acheter", selon un expert du ministère. "Ils ne veulent pas seulement posséder des chevaux. Les tigres donnent du prestige."

Un exemple presque caricatural qui prouve que les autorités ne souhaitent pas s'attaquer au problème principal: le ministère de la forêt ne fait pas son travail et la perte des surfaces boisées s'accentue avec, en parallèle, le traffic illégal d'espèces protégées.

Superstitions médicales, sensationnalisme, manipulations politiques, possession ou quête d'une image prestigieuse: autant de projections d'hommes en mal d'identité dont font les frais les animaux sauvages, déjà victimes de la disparition de leur habitat naturel.

Croisons les doigts pour que 2010 soit (enfin) l'année du tigre: une année faste... pour les tigres.

Rappelons que tous les tigres et autres grands félins d'Asie sont inscrits depuis 1975 à l'annexe I de la CITES.

mercredi 20 janvier 2010

Les phyto-prédateurs


Copyright: Eric Tourneret

La photographie provient du site magnifique d'Eric Tourneret, photographe du Peuple des abeilles. Elle représente Maurice Coudoin, apiculteur célèbre pour être passé au tribunal de grande instance en mai 2007 face au cultivateur de maïs OGM, Claude Menara, après avoir placé l'année précédente, pour des raisons expérimentales visant à prouver la contamination du pollen, quelques ruches à proximité d'un champ de culture OGM de son opposant. Réponse des magistrats à cette stratégie:
"le trouble invoqué dépend dans une large mesure de l’attitude de l’apiculteur qui, informé des résultats de cette expérimentation, devrait s’abstenir de placer ses ruches dans les zones et pendant la période à risques".
Autrement dit, l'apiculteur Maurice Coudoin a été en l'occurence co-auteur du dommage subi par les ruches.
Une illustration qui montre que ce n'est pas par la provocation que l'on obtient des résultats en justice. L'issue du procès aurait-elle été différente si l'apiculteur n'avait pas su que le champ de maïs était transgénique? Subtilité juridique!
Tout récemment, l'arboriculteur François Serrant, producteur de cidre dans la Manche, a été condamné (amende de 1.000 euros dont 500 avec sursis + 7.500 euros de dommages et intérêts et 500 euros de remboursement de frais de justice à son adversaire) pour la mort brutale des abeilles d'une cinquantaine de ruches de son voisin apiculteur, Patrick Lefèvre. Les insectes ont été intoxiqués par un insecticide interdit en France depuis 2008 (le Sévin®, produit par Bayer). Ajoutons que l'arboriculteur n'a doublement pas respecté la législation en utilisant ce produit sur des pommiers en fleurs.

Que reste-t-il à prouver en matière d'OGM et de pesticides?
Comme le dit Jean-Louis Borloo de l'Environnement: "Sur les OGM, tout le monde est d'accord: on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc on ne va pas prendre le risque." (Le Monde, 21 septembre 2007).
Continuons de faire confiance à la justice. On attend une nouvelle loi en 2010 pour mieux informer les consommateurs sur la présence d'organismes génétiquement modifiés dans la nourriture. De facto, c'est bien sûr admettre la présence de ces chimères dans les assiettes. On attend le prochain effet d'annonce du ministre français de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer, en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat. Dans le même temps, son collègue le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche a pris une décision nocive pour les pollinisateurs et a suivi l'avis favorable de l'AFSSA concernant l'autorisation du pesticide Cruiser 350® de Syngenta Agro sur semences de maïs en 2010, à condition de limiter les risques de dispersion des poussières au moment des semis (!!!???). Pour France Nature Environnement, "Le Cruiser® (produit proche du Gaucho® et du Régent®), est un insecticide classé dangereux pour l'environnement, dangereux pour les abeilles, les oiseaux et les mammifères sauvages, et très toxique pour les organismes aquatiques".
Par ailleurs, on n'arrête pas le cynisme, certaines firmes agronomiques connues (citons ici simplement Maïsadour favorable aux "BioInnovations", en particulier MON810®) et le chimique BASF (producteur du Régent®) soutiennent un projet autour de la très populaire abeille: Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, une opération de communication tout à fait magnifique. L'idée est de mettre en place un ensemble de jachères apicoles (un petit film ici). Ce n'est pas forcément une mauvaise idée mais ça sent très fort le greenwashing. Peut-être que, tout à coup, le monde agricole se rend compte que la perte des pollinisateurs, c'est un massacre écologique ET un massacre économique...


Le Silence des abeilles. National Geographic.

Comme nous ne sommes pas aussi nombreux que les Chinois, et qu'il n'est pas encore trop tard, crions-le très fort: les jachères apicoles c'est bien mais elles ne suffiront pas. Il faudra arrêter les BioInnovations incontrôlables et les monocultures et...

A consulter ce document (de 2007) diffusé par Greenpeace France:
La Bombe OGM: "témoignages sur l'impossible coexistence des filières OGM et sans OGM."

mercredi 6 janvier 2010

Les abeilles ont la cote


Hôtel à insectes
Source: http://www.zphoto.fr/lhotel_des_insectes_photo401277.htmltarget="_blank">

Certaines initiatives en provenance d'associations ou d'entreprises commencent à révéler un intérêt pour le sort des abeilles. Une bonne nouvelle mais il convient de perfectionner et d'élargir ces actions (qui peuvent ressembler parfois aux gouttes d'eau d'une politique de greenwashing) si l'on en croit cet article des Echos publié le 22 décembre dernier: Floraison d'initiatives en faveur des abeilles.

"Coopératives agricoles, entreprises, villes, régions s'engagent contre l'effondrement des populations d'abeilles.
L'abeille et les autres pollinisateurs élargissent le cercle de leurs amis. Un nombre croissant de villes, d'entreprises, de régions ou d'administrations font un geste pour lutter contre l'effondrement de ces populations d'insectes, vitales pour l'agriculture. Début decembre, c'est Remy Martin qui rejoignait le Réseau biodiversite pour les abeilles. Le fabricant de cognacs vient de transformer en prairies melliferes une vingtaine d'hectares sur les 250 de son vignoble charentais. Au printemps, les insectes se regaleront de sainfoin, de melilot, de phacélie et d'autres fleurs généreuses en pollen et en nectar. Plus systématiquement, l'entreprise profitera des périodes de cinq ans de jachère entre l'arrachage et la replantation de ses vignes pour insérer une rotation de blé, suivie de trois ans de cultures a intérêt apicole. Le Réseau biodiversite pour les abeilles, lancé il y a quinze ans, enregistre désormais 300 partenaires, essentiellement venus du monde agricole, celui qui a la plus forte emprise sur la biodiversite. « Nous comptons 1.500 hectares de jachères apicoles et espérons pour 2010 doubler ces superficies pour atteindre 10.000 hectares en 2013 », table Pierre Testu, responsable du réseau. Pour atteindre ces objectifs, il compte sur l'évolution prochaine de la politique agricole commune qui contraindra les agriculteurs à consacrer 5 % de leurs superficies à des couverts environnementaux, dont les jachères apicoles.

Hôtels à insectes
Le monde agricole cherche ainsi à compenser les périodes de disette qui suivent la récolte de certaines cultures, comme le tournesol ou le colza. La coopérative Maisadour a ainsi planté une centaine d'hectares dans les Landes de réserve à pollen et à nectar. En Champagne-Ardenne, asile de la luzerne francaise, des bandes de 7 m de long sont laissées en fleurs au printemps. En Alsace, les établissements Gustave Muller, société de négoce agricole, ont sponsorisé le déboisement de certaines parcelles de monoculture d'épiceas pour installer des prairies de fleurs et d'herbes partagées par les insectes et les éleveurs.
D'autres initiatives isolées fleurissent. L'entreprise immobilière Gecina, par le biais de sa fondation, va financer avec l'ONF l'installation d'hôtels à insectes. L'Unaf, de son côté, a lancé un programme de sensibilisation aux pollinisateurs qui compte une trentaine de partenaires, dont 5 régions (Bourgogne, IDF, etc.), 4 conseils généraux, plusieurs villes et quelques entreprises comme L'Oréal. Ces soutiens ont servi à l'installation de 300 ruches ou d'hôtels à insectes. Lille a ouvert un centre de formation à l'apiculture. Natureparif, l'agence régionale de la biodiversité de l'Ile-de-France, a installé des abris à insectes. La chaine Botanic a supprimé les insecticides de ses rayons et installé des ruches dans neuf de ses magasins. Quant au chateau Larose Trintaudon, un grand domaine du médoc bordelais engage de longue date dans le developpement durable, il a semé des jachères apicoles et installé 8 ruches.
Pourtant, l'Union nationale de l'apiculture francaise (Unaf), juge que ces initiatives restent plus un moyen de sensibiliser qu'une véritable solution. Son president, Henri Clément, estime ainsi que les superficies annoncées par le Réseau biodiversite pour les abeilles correspondent au garde-manger de 5 à 10 ruches par département.

Quel diagnostic ?
Les deux organisations divergent sur le diagnostic du déclin des abeilles. Les chercheurs estiment en majorité qu'il est dû à plusieurs facteurs : déclin de la biodiversité végétale due à la monoculture, usage intensif des pesticides, problèmes sanitaires. L'Unaf se bat depuis plusieurs années contre les pesticides et leurs producteurs, accusés d'être le mal principal. Le Réseau biodiversité pour les abeilles estime, pour sa part, que la priorité est de rétablir une diversité de cultures. Une posture que l'Unaf explique par le soutien fort de BASF et d'autres firmes semencières. Pierre Testu justifie, lui, leur soutien : « leur présence rassure les coopératives ou les agriculteurs ».

A l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie), l'entomologiste Serge Gadoum estime que ces programmes d'action aident assurément les abeilles domestiques, mais pas necéssairement les espèces sauvages. C'est pourquoi il souhaite une coordination nationale ou régionale de ces initiatives, une perspective en discussion au ministère de l'Ecologie."

Souhaitons que la faveur que connaissent les abeilles annonce des mesures plus générales en faveur des insectes. L'entomofaune est encore trop souvent considérée de manière monolithique comme un problème: on ne pense qu'aux phytophages ravageurs sans considérer les collaborations possibles entre certains insectes et l'agriculture (lutte intégrée). En dehors des abeilles, pensons aux nombreux hyménoptères, coléoptères, lépidoptères et diptères consommateurs de pollen et nectar et consommateurs d'autres insectes ravageurs.

lundi 4 janvier 2010

Au revoir Lhasa

Lhasa de Sela est décédée à Montréal le 1er janvier à l'âge de 37 ans.

Voeux

Une bonne année 2010 à chacun et à tous les êtres!