jeudi 25 février 2010

les petits bonheurs


Copyright - Hiroshige

Le bonheur est dans la liste. En tout cas, il peut l'être ponctuellement, puisque la liste focalise l'esprit sur des instants, des expériences, des états, des objets, des situations remarquables. Des tas de gens font des tas de listes de bonheurs. Certains les partagent comme des sourires:

"Ma grand mère et le gant de toilette imbibé d'eau de Cologne posé sur mon front lorsque j'étais malade
L'odeur du soleil sur la peau
Mon premier rouleau de réglisse
Les étoiles dans le désert du Negev
Mes polos marins
Ne jamais dormir seule
Ma pipe que je rallume au moins 3 fois
Un bon vieux vin partagé entre amis
Le hululement de la chouette près de la maison
Mon lit
Un appareil photo
Franck et Vautrin
Le requiem de Mozart"


Pour d'autres, les listes sont élaborées, bichonnées, décorées...

Personnellement, j'aime beaucoup la "liste des petits bonheurs certains" trouvée sur le blog Switchie 2, un blog extrêmement émouvant, by the way, traces d'un homme atteint d'alzheimer.
J'aime bien aussi sa liste des "j''aimerais" même si elle est très chargée de regrets. Sans doute qu'une liste des bonheurs n'a pas besoin de verbes ou alors à l'infinitif. On sent que ces listes aident à ne pas tourner en vrille.

Les listes concrétisent. Elles portent le pouvoir du mot. Nommer c'est déjà faire exister. Elles focalisent l'attention sur le meilleur.
Nommer c'est immortaliser. C'est faire co-exister tous les improbables, ce que réussit Prévert dans son "Inventaire". Mais il y a trop de jeu et pas assez de sens intime dans l'exercice de style du poète surréaliste.

Une seule question se pose. Que souhaiterait-on emporter si la mémoire peu à peu se vidait? Que garder de son expérience du monde?

Moi je prendrais volontiers des choses simples et apaisantes:

Le ronronnement de mon chat contre mon oreille;
Le parfum de sa fourrure;
L'existence d'un ami, sans condition, au-delà de la parole et des éloignements;
Le bruit des gouttes de pluie qui tombent;
L'apaisement après l'orage et l'énergie dégagée pendant qu'il éclate;
La curieuse sensation d'être suspendu, entre chien et loup, quand la vision n'est plus si claire;
La paix pendant un long voyage en solitaire;
L'odeur exacerbée des plantes et de la terre dans la chaleur d'un mois de juillet;
L'harmonie ressentie en allant face au soleil qui se couche;
Une marche dans la forêt;
Un bon livre;
Un brouillard d'automne qui flotte sur les arbres le matin.
...

Une liste qui aurait pu être écrite il y a dix ans et plus. Une sorte de permanence.

Et vous?

2 commentaires:

LUNA a dit…

Bonjour, je me permets de laisser un petit commentaire carje trouve ton message très émouvant

Moukmouk a dit…

Je pense que je vais tenter l'expérience...