jeudi 18 mars 2010

l'animal, l'autre, le frère


Copyright: Joe Zammit-Lucia


Copyright: Joe Zammit-Lucia


Joe Zammit-Lucia est un photographe britannique qui interroge, à travers ses portraits d'animaux, la condition humaine en lien avec la condition animale. Une entreprise intelligente, dérangeante et nécessaire qu'il explique très clairement:

"In a world obsessed with 'fact', science and analysis, the animal is reduced to an object - a set of describable characteristics. As a result, our thinking has become narrow, superficial and objectifying […]. We delude ourselves that, in describing, we know and understand.
My aim is to use images - and texts - to break out of this superficial reductionism. We do not know. We can never know. But we can try to feel. We can try to re-define our relationship with animals beyond the merely factual to include the emotional, the sensuous and the mystical.
Ultimately, my interest is in exploring how these images affect our cultural perception of animals and the impact on our deeper relationship with these 'unlike others'. I believe that our relationship with those that are unlike us define what we are as human beings. It is how we define ourselves in relation to these animals that will ultimately determine whether we continue to share this world with them or whether we will sweep them aside to make way for our ever-growing, useless consumption."

"Dans un monde obsédé par le "fait", la science et l'analyse, l'animal est réduit à un objet - un ensemble de caractéristiques descriptibles. Par conséquent, notre façon de penser est devenu étroite, superficielle et objectivante [...]. Nous nous imaginons que, en décrivant, nous connaissons et nous comprenons.Mon but est d'utiliser des images - et des textes - pour sortir de ce réductionnisme superficiel. Nous ne savons pas. Nous ne pouvons pas savoir. Mais nous pouvons essayer de sentir. Nous pouvons essayer de redéfinir notre relation au-delà du factuel pour inclure l'émotionnel, le sensible et le mystique. En fin de compte, mon intérêt est d'explorer comment ces images affectent notre perception culturelle des animaux et l'impact sur notre relation plus profonde avec ces «contraires aux autres». Je crois que notre relation avec ceux qui sont différents de nous définit ce que nous sommes en tant qu'êtres humains. C'est comment nous nous définissons nous-mêmes par rapport à ces animaux qui déterminera finalement si nous continuons à partager ce monde avec eux ou si nous allons les balayer de côté pour faire place à notre toujours croissante et inutile consommation."


Repenser l'animal et ce qu'on appelle le propre de l'homme est une des grandes ouvertures intellectuelles et éthiques de ce temps. C'est, à mon sens, l'annonce d'un grand pas dans l'évolution de l'humanité, une promesse de respect et d'empathie pour mettre en question les rapports mécaniques, économiques et brutaux hérités de Descartes qui sont aujourd'hui la règle dans les sociétés humaines à l'égard du monde animal. Un espoir.

Ressources intéressantes:
Oxford Center for Animal Ethics
Université de Limoges, Observatoire des mutations institutionnelles et juridiques, Revue Semestrielle de droit animalier.
http://animalethics.blogspot.com/
BBC Animal Ethics Guide

mardi 16 mars 2010

adaptation


Copyright

A méditer, ce texte du docteur en biochimie Philippe Roch, extrait de La nature, source spirituelle (éditions Jouvence, 2009):


"Le poids des 10 millions de milliards de fourmis qui vivent sur le planète est équivalent au poids des humains. Elles mangent autant et déplacent des montagnes, mais elles ne laissent aucun déchet qui ne soit immédiatement absorbé par la nature. Les fourmis ont un énorme impact écologique. Elles déplacent jusqu'à 10 tonnes de terre par hectare et par an. Une seule colonie de formica polyctena mange 155 litres de miellat et 6 millions d'insectes en quelques mois. Une reine peut vivre jusqu'à 28 ans et donner naissance à 150 millions d'ouvrières, dont 2 à 3 millions vivent simultanément. Comment se fait-il que nos cousines aient développé une activité économique mondialisée, d'une dimension équivalente à celle des humains, sans qu'elle aboutisse aux destructions qui caractérisent la civilisation industrielle? J'y vois trois raisons:

  • les fourmis n'exterminent jamais une autre espèce et ne désertifient aucun territoire;
  • la nature recycle à 100%, principalement en humus fertile, tous les produits de l'activité des fourmis;
  • la vie foisonnante des fourmis s'inscrit dans des cycles sans croissance globale, l'énergie solaire suffisant à compenser l'entropie.


Les fourmis modernes vivent depuis 50 millions d'années, les humains modernes depuis 500 000 ans. Il est probable que les êtres humains, leurs cultures et leurs confitures n'auront été qu'un bref épisode dans l'histoire des fourmis qui seront toujours là dans 50 millions d'années. L'homme est la seule espèce qui détruit des écosystèmes et fait disparaître des espèces en grand nombre, et qui produit des déchets chimiques et nucléaires qu'il faudrait isoler de la nature car ils sont toxiques pour les êtres vivants sur de longues années."

lundi 15 mars 2010

"Le poète a toujours raison"



Samedi dernier est mort Jean Ferrat.

C'est une grande tristesse que j'exprime, pleine de souvenirs et de symboles personnels, une tristesse largement partagée, face à la disparition de celui qui incarnait les valeurs humanistes et l'intransigeance morale dans la chanson française depuis les années 60 jusqu'en 2003, date de sa dernière intervention publique. Il s'est engagé à propos de bon nombre d'événements historiques et sociaux du XX° siècle: la Guerre d'Espagne ("Federico Garcia"), la lutte féministe ("Le poète a toujours raison"), mai 68 ("Au printemps de quoi rêvais-tu"), la dénonciation du stalinisme ("Le Bilan"), la guerre du Vietnam et le colonialisme ("Un air de liberté"), les non-alternatives politiques ("Dans la jungle ou dans le zoo")… Certaines de ses chansons ont été censurées. "Nuit et Brouillard" (1963) sera tout d'abord diffusée sous le manteau et continuera d'être un sujet polémique longtemps après. Sa chanson "Ma France" (1968) sera quant à elle interdite d'antenne pendant deux ans:



La tristesse s'exprime aussi au souvenir du grand interprète d'Aragon mais aussi du grand poète qu'il était lui-même, au plus près de l'émotion:




Ma dernière tristesse est peut-être que soit mort à l'hôpital, comme c'est devenu la règle en France, celui qui chantait:

"Je voudrais mourir debout, dans un champ, au soleil,
Non dans un lit aux draps froissés,
A l'ombre close des volets,
Par où ne vient plus une abeille,
Une abeille ... "