Samedi dernier est mort Jean Ferrat.
C'est une grande tristesse que j'exprime, pleine de souvenirs et de symboles personnels, une tristesse largement partagée, face à la disparition de celui qui incarnait les valeurs humanistes et l'intransigeance morale dans la chanson française depuis les années 60 jusqu'en 2003, date de sa dernière intervention publique. Il s'est engagé à propos de bon nombre d'événements historiques et sociaux du XX° siècle: la Guerre d'Espagne ("Federico Garcia"), la lutte féministe ("Le poète a toujours raison"), mai 68 ("Au printemps de quoi rêvais-tu"), la dénonciation du stalinisme ("Le Bilan"), la guerre du Vietnam et le colonialisme ("Un air de liberté"), les non-alternatives politiques ("Dans la jungle ou dans le zoo")… Certaines de ses chansons ont été censurées. "Nuit et Brouillard" (1963) sera tout d'abord diffusée sous le manteau et continuera d'être un sujet polémique longtemps après. Sa chanson "Ma France" (1968) sera quant à elle interdite d'antenne pendant deux ans:
La tristesse s'exprime aussi au souvenir du grand interprète d'Aragon mais aussi du grand poète qu'il était lui-même, au plus près de l'émotion:
Ma dernière tristesse est peut-être que soit mort à l'hôpital, comme c'est devenu la règle en France, celui qui chantait:
"Je voudrais mourir debout, dans un champ, au soleil,
Non dans un lit aux draps froissés,
A l'ombre close des volets,
Par où ne vient plus une abeille,
Une abeille ... "

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