mercredi 21 avril 2010


Pour compléter mon post sur l'Eyjafjöll, il me paraît intéressant de citer ici l'analyse d'un lecteur du Monde, Maxime de Blasi, qui révèle l'étonnante et peut-être effrayante réorganisation de l'ordre naturel du monde qui a suggéré au prix Nobel de chimie néerlandais Paul Josef Crutzen la définition d'une nouvelle ère géologique: l'ère anthropocène, débutée avec la Révolution industrielle vers 1850. L'influence de l'homme sur l'écosphère se révèle parfaitement dans cette colère du volcan islandais Eyjafjöll.

"Cendres du volcan : révélatrices d’une humanité sous serre ? - 20/04/2010 - Maxime de Blasi

Le nuage de cendres qui recouvre l'Europe occidentale, pour invisible à l'œil humain qu'il soit, n'en n'a pas moins, on le constate, des conséquences très importantes en pratique. Dans ce qui suit, c'est ce qu'il reflète de notre civilisation dans son rapport à la nature qui retiendra notre attention.
Où l'on voit en effet que de fines particules pareilles à des grains de sable enrayent une mécanique logistique et organisationnelle bien huilée. La stupeur face à la désorganisation est totale, proportionnelle au caractère évident d'une organisation humaine qui était si quotidienne qu'elle nous en était devenue naturelle.
Plus de 90% des transports de marchandises s'effectuant par voie maritime, par conséquent, même dans le cas d'un épisode nuageux durable la désorganisation ne saurait être que temporaire et limitée au secteur du tourisme, beaucoup parmi les déplacements professionnels pouvant être supplantés par de la visioconférence.
Toutefois, cette crise est importante pour ce qu'elle révèle de nos sociétés en montrant que ce que l'on qualifiait autrefois de nature, c'est-à-dire l'ordre naturel des choses, est aujourd'hui devenu l'organisation voulue et pensée par l'Homme.
En effet, les sociétés humaines ne peuvent aujourd'hui se penser que dans le cadre de la logistique des transports et des échanges internationaux, car elles sont organisées en conséquence : la superstructure des échanges est tout aussi structurante pour nos vies que pouvaient l'être par le passé la position géographique, le climat et le relief. A quoi a-t-on en effet assisté au cours du dernier siècle ? A un affranchissement progressif et continu de l'Homme à son territoire : tout ou presque peut désormais être entrepris à tout endroit du globe, à la faveur des possibilités matérielles et immatérielles d'échanges permettant de s'approvisionner, d'un clic de souris. A la limite, même les échanges matériels se sont en quelque sorte dématérialisés tant ils semblent s'être affranchis des contingences matérielles de par leur prévisibilité et leur instantanéité.
Ainsi, tous les jours la production à flux tendu, à la fois cause et conséquence de la mondialisation, tisse autour de nous, et avec nous, une toile élastique qui s'adapte continuellement aux conditions mais qui, toujours tendue à l'extrême, est constamment sur le point de rompre en cas de survenance de conditions particulières qui agissent comme une force de rappel.
C'est pourquoi paradoxalement lorsque surviennent des épisodes météorologiques ou sismiques qui, de par leur importance, rompent cet équilibre devenu pour nous "naturel" des choses, ces manifestations de la nature ne nous en apparaissent par contraste que davantage "sur-naturelles" et donc, par extension, "surnaturelles". Etrange retournement contemporain des valeurs, caractéristique de l'ère de l'anthropocène, où la nature, définie comme le cadre physique dans lequel s'inscrivent les actions humaines, voit ses manifestations interprétées au rang du surnaturel.
Gageons qu'une fois cet évènement passé tout reviendra à la normale tant, dans notre vision nécessairement parcellaire des choses -lequel d'entre nous est en capacité aujourd'hui d'embrasser la complexité des échanges, en retraçant par exemple le parcours du produit qu'il consomme, des mines de bauxite australiennes en passant par les ateliers chinois, jusqu'aux porte-containers prenant l'embouchure du port de Rotterdam ? -, l'environnement et les conditions qu'il nous impose est devenu, en temps normal lorsqu'il est silencieux, une variable secondaire. Par surcroit, désarmé à titre individuel face à cette logique dont il pâtît et bénéficie tout à la fois, l'individu ne trouve pas, pour le moment, de relais politique à ses aspirations visant à un meilleur respect de l'environnement au vu notamment de l'échec des négociations internationales sur le changement climatique.
C'est ainsi qu'à l'image de ces rangées infinies de plants poussant hors-sol quelles que soient les conditions climatiques dans les serres bataves, l'humanité poursuit à bon rythme de croisière sa marche vers la désincarnation et la technicisation de sa relation à la nature. Et en creux, cet évènement épisodique montre comment en temps "normal" l'humanité se vit de façon croissante sur cette planète comme sous une serre."

mardi 20 avril 2010

Nénette


Nicolas Philibert vient de sortir un film original: Nénette.

Nénette est née en 1969 dans une forêt de Bornéo. C'est une vieille dame rousse en captivité depuis plus de 37 ans, prisonnière d'une cage vitrée du Jardin des plantes à Paris. Nénette est un orang-outan. Nénette a eu des enfants en captivité. L'un d'eux, Tübo, vit toujours avec elle. Elle prend la pilule pour ne pas avoir d'enfants avec lui. Ces deux là partagent leur espace avec Théodora et Tamü. Des quatre singes, seule Nénette est née dans son milieu naturel. Elle connait autre chose que le milieu carcéral. Est-ce la raison de sa différence?
La caméra de Nicolas Philibert capte le regard de Nénette posé sur les millions de visiteurs anonymes qui circulent devant sa cage. La bande son révèle les réactions verbales de quelques inconnus. De ses soigneurs aussi. Une réflexion sur l'altérité. Une rencontre inter-spéciste. Un changement de point de vue. A travers les commentaires des badauds, une salutaire mise en scène de l'anthropomorphisme humain, de l'humour face à une situation triste, au fond. Une expérience troublante.







lundi 19 avril 2010

Eyjafjöll


La Terre est d'humeur sombre en Islande et ailleurs.

Ne retenir que la paralysie des transports aériens est une aberration, une de plus. Les Islandais, qui vivent sur une chaîne de volcans sous-marins à l'activité intense, ont d'autres raisons de s'inquiéter. Les cendres continuent à assombrir le ciel de leur "terre de glace"et, près de l'Eyjafjöll qui suscite la grogne des compagnies aériennes, le Katla, volcan bien plus puissant, est surveillé de près par les vulcanologues. La tradition veut que le Katla se réveille peu après l'Eyjafjöll.

Finalement, l'homme ne contrôle pas grand chose lorsque la Terre s'ébroue.

mercredi 14 avril 2010

L'arbre de la paix

"L'arbre du silence porte les fruits de la paix." (Proverbe arabe)




L'abre de la musique aussi. Nous devons celui-ci à Steve Heitzeg, compositeur américain, militant pour "la co-existence pacifique entre toutes les espèces à travers la musique."


“We are all native to the earth and this is the origin of music — chords of humanity, animal chants, oceanic and aquatic arias, mountainous percussion, insect inventions, passacaglias of plants, symphonies of sky. Each solitary and individualistic spirit and being is a sustaining note in this life, this music.” Steve Heitzeg








Björk - Nature Is Ancient
envoyé par Bjork. - Regardez la dernière sélection musicale.