vendredi 28 janvier 2011

Robin and co


Robin Hood: Prince of Thieves, Kevin Reynolds


Un simple héros, Robin des Bois? Ou, l'archétype du brigand se battant pour une noble cause. Ou, le marginal proscrit incarnant un combat social. Le pot de terre sortant victorieux du combat contre le pot de fer. En peu de mots, Robin des Bois est la nécessaire lumière d'espoir de tous les peuples opprimés.
Aujourd'hui, la référence au justicier de la forêt de Sherwood se décline. Pensons à l'association française Robin des toits qui lance l'alerte contre les dangers du rayonnement électromagnétique et des antennes relais. Robin des bois, c'est aussi une association pour la protection de l'homme et de l'environnement. On trouve même à Tarbes une école de musique (rock) s'adressant à un public défavorisé (Les Robins des bois). Le nom du personnage de légende est assurément lié au combat social. Y a-t-il eu, au fond du Moyen-Age, un homme derrière la légende qui a galopé jusqu'aux studios hollywoodiens? Les slovaques ont eu leur Juro Janosik. Les espagnols leur Diego Corrientès. De chair ou de papier, les Robins des bois accompagnent l'humanité défavorisée comme un rêve de justice qui sort de la forêt ou des haciendas californiennes (le Zorro de Johston Mc Culley, inspirateur, dit-on, du Batman des comics, est aussi un Robin des bois). Le peuple a besoin de philanthropes masqués, d'hommes de l'ombre qui dépassent les lois du marché, garants de justice sociale. Jean-Jacques Fresko, rédacteur en chef du magazine Terre Sauvage, signe en février un éditorial éloquent intitulé "Lettre à Robin des Bois".

"Cher Robin,
dans votre artisanat justicier au grand coeur, vous êtes un maître universellement reconnu. On vous dit expert dans l'art de prendre où il y a trop pour donner où il y a trop peu. Les notions de régulation économique, de redistribution, de progressivité de l'impôt seraient, en quelque sorte, issue de votre échoppe. De telles références forcent évidemment le respect et nous conduisent à nous tourner vers vous pour quelques travaux, certains urgents, qu'il nous paraît judicieux d'entreprendre, à l'aube de cette Année internationale de la forêt. Vous serait-il possible de nous établir un devis détaillé pour chacun des projets suivants, dont vous trouverez les cahiers des charges au fil des pages de ce numéro de Terre Sauvage? (...) Mais il est à craindre, hélas, que vous ne soyez pas en mesure d'honorer notre demande de devis. Sur votre propre terre, dit-on, vous avez déjà fort à faire. Comme celles de vos confrères Merlin (enchanteur), Dracula (vampire), Elwing (elfe), Faust (trafiquant d 'âmes), votre mythique forêt de Sherwood a subi, au fil des siècles, les assauts de la rentabilité financière, faisant de l'Angleterre l'un des Etats d'Europe les moins bien dotés en forêts. Et ce n'est pas fini: le gouvernement britannique de MM. Cameron et Clegg envisagent aujourd'hui très sérieusement de disperser à l'encan les dernières forêts du royaume. On dit que les promoteurs des agrocarburants - ceux-là même qui sont à l'oeuvre dans les forêts équatoriales - sont déjà sur les rangs..."

Que penser quand les justiciers mythiques s'évadent de l'espoir collectif populaire et quand c'est la presse qui fait appel aux figures de légende pour incarner un combat contemporain?

Biodiversité et rentabilité sont difficilement compatibles. La politique britannique n'est pas la seule à exercer une pression sur le patrimoine vert. En France, Sarkozy a prévu lui aussi de rentabiliser l'ONF. Comprenez le privatiser partiellement et exercer une politique myope. Vous pouvez parier que la filière bois va beaucoup communiquer tout prochainement.

Pour triompher, Robin des Bois devrait être aujourd'hui une multi-nationale vraiment éthique (ça existe?) ou une population révoltée vraiment énervée (ça existe!) ou... (???)